Fernande Métayer, figuriniste : « Les Petits Soldats de France » et la précision uniformologique de ses figurines du Premier Empire.
Cette étude monographique du musée virtuel de Figurart.fr est consacrée à Fernande Métayer, connue des collectionneurs sous le nom de « Madame Métayer », l'une des rares femmes à avoir marqué l'histoire de la figurine historique française au XXe siècle. Elle s'appuie exclusivement sur des sources documentées — archives audiovisuelles de l'INA, littérature spécialisée, catalogues de ventes aux enchères et collections publiques du Musée de la Figurine historique de Compiègne — dont les références complètes figurent en fin de page. La collection privée qui l'illustre est présentée à titre documentaire.

Éléments biographiques :
d'une éducation de jeune fille à la figurine d'art

Les données biographiques sur Fernande Métayer demeurent fragmentaires, comme souvent pour les artisans de la figurine de la première moitié du XXe siècle. Les éléments établis permettent néanmoins de reconstituer un parcours singulier.
Son activité de peintre est attestée dès la fin des années 1920, d'abord sur des figurines plates en étain, le format traditionnel hérité des fondeurs de Nuremberg ; en 1931, elle rejoint la société des collectionneurs de soldats d'étain [1]. Un entretien de presse de décembre 1959, cité par la littérature anglophone, la présente comme la créatrice de figurines de premier plan « depuis 1930 », venue à la figurine sur la suggestion d'un ami alors qu'elle peignait des miniatures [2].
Son propre témoignage, rapporté par la même littérature, éclaire le tournant décisif de sa carrière : veuve pendant la Seconde Guerre mondiale et sans formation professionnelle — elle se décrivait comme une jeune fille de bonne éducation formée au piano, à l'aquarelle et à la broderie, c'est sa pratique de la peinture qui lui suggéra la voie des figurines. Elle entreprit alors ses propres recherches documentaires, dessina ses modèles et s'associa un sculpteur pour les réaliser [2]. Ce mode opératoire, la recherche et le dessin d'un côté, l'exécution sculptée confiée à un praticien de l'autre rapproche son atelier du fonctionnement des manufactures d'art plus que de l'artisanat solitaire.
Elle s'éteint en 1988, selon les informations diffusées par le Musée de la Figurine historique de Compiègne [1]*.
* Note : certaines sources anglophones avancent d'autres dates (1911–2012) sur la base d'un avis de décès dont le lien avec la figuriniste n'est pas établi [2]. Cette notice retient la date communiquée par la source muséale.

« Les Petits Soldats de France » :
une collection fondatrice

L'œuvre majeure de Fernande Métayer est la collection « Les Petits Soldats de France », consacrée en premier lieu au Premier Empire. Sa place dans l'histoire de la discipline est attestée par la référence classique du genre :
dans *Figurines et Soldats de Plomb* (Paris, 1961), Marcel Baldet lui attribue la création, à partir des dessins de Lucien Rousselot, des premières figurines en ronde-bosse expressément conçues pour les collectionneurs, salue le soin apporté au moulage, à la fonte et à l'assemblage, et la qualifie de fondatrice d'une école ayant suscité des émules en France comme à l'étranger [2].
Le catalogue de la maison de ventes Fraysse & Associés, qui date la collection de 1945, la décrit comme la reproduction uniformologique la plus sérieuse et la plus fidèle de son temps, exécutée d'après les dessins de Lucien Rousselot et la documentation du commandant Bucquoy [3]. Cette double filiation inscrit son travail dans la grande tradition savante de l'uniformologie française : Rousselot (1900–1992), peintre officiel de l'Armée, et le commandant Bucquoy (1879–1958), fondateur des séries documentaires de référence sur les uniformes du Premier Empire. Le répertoire couvre un arc chronologique large : XVIIIe siècle, Révolution, Premier Empire, puis les périodes courant de la Restauration à la Seconde Guerre mondiale [1]. Parmi les ensembles documentés en vente publique figure un grand état-major impérial à cheval réunissant Napoléon Ier, son officier d'ordonnance, le mamelouk Roustam et les maréchaux Mortier, Ney, Bessières, Davout et Soult [3].

Technique :
pièces uniques et série d'édition

La production de Fernande Métayer associe deux pratiques distinctes, ce qui la rend particulièrement intéressante pour l'étude des techniques de la figurine d'art.
D'une part, des pièces uniques : la littérature anglophone décrit des figurines à pied au 54 mm dont les traits du visage n'étaient jamais dupliqués d'un exemplaire à l'autre, les vêtements et équipements étant façonnés en feuille de plomb sculptée, soudée en place puis détaillée [2] — la technique à la feuille de plomb caractéristique des maîtres figurinistes français de cette génération. D'autre part, la série éditée des Petits Soldats de France, dont Baldet souligne précisément la qualité du moulage, de la fonte et de l'assemblage [2] : une production moulée, donc reproductible, mais conduite avec les exigences de l'atelier d'art.
Un reportage conservé par l'Institut national de l'audiovisuel (INA), « Coulés dans le bronze », montre Madame Métayer expliquant les différentes étapes de la fabrication de ses figurines et les recherches qu'elle menait pour reproduire méticuleusement les accessoires et les couleurs des uniformes [4]. Un témoignage rapporté par la presse de l'époque donne la mesure de cette minutie : le carrosse du sacre de Napoléon lui demanda de très nombreuses heures de travail, les rênes des chevaux passant dans des anneaux pas plus grands que le chas d'une aiguille [2].

Rayonnement international et marché de la collection
Dès les années 1950, les figurines de Fernande Métayer circulaient dans toute l'Europe et en Amérique, notamment vers les musées, selon son propre témoignage ; elle indiquait par ailleurs que nombre de ses grands clients tenaient à l'anonymat, plusieurs pays taxant alors les collections de figurines comme des œuvres d'art [2].
Cette reconnaissance ne s'est pas démentie. En 2024 encore, les experts du marché des enchères citent Métayer parmi les figurinistes les plus recherchés des collectionneurs, aux côtés de Guy Renaud et d'Alexandre Ballada [5]. Un second facteur soutient cet intérêt : la continuité de son œuvre. Ses moules ont été repris successivement par Joanny Jabouley — dont des ensembles « d'après les modèles de Fernande Métayer » sont documentés en vente publique vers 1990 [6] — puis par Huart, puis par Mme Nelly Denat (Sarl COFISOL) [1]. Pour le collectionneur, la distinction entre tirages du vivant de l'artiste et rééditions constitue donc un enjeu d'expertise central, comparable à celui des états successifs en gravure.
La collection présentée : régiments du Premier Empire, régiments suisses et train d'artillerie
La collection privée présentée sur cette page offre un panorama représentatif du répertoire de Fernande Métayer : régiments français du Premier Empire, une figure de Napoléon Ier, régiments suisses au service de la France, et un train d'artillerie — sujet exigeant, où la composition des attelages met à l'épreuve le savoir-faire du figuriniste.
La présence de régiments suisses fait écho aux œuvres de l'artiste conservées en collection publique : le bataillon de Neuchâtel exposé au Musée de la Figurine historique de Compiègne [1]. Les troupes étrangères au service de l'Empire comptaient parmi les sujets de prédilection des uniformologues, en raison de la singularité de leurs tenues.
Fernande Métayer au Musée de la Figurine de Compiègne et dans les archives filmées
Le Musée de la Figurine historique de Compiègne, rouvert au public en mai 2026, conserve plusieurs œuvres de Fernande Métayer. Son catalogue en ligne documente notamment une figurine de la 1ère République représentant la 21ème Demi-Brigade Légère (1799), sous le numéro d'inventaire Fig.1948.10 [7]. Le bataillon de Neuchâtel compte également parmi les pièces attribuées à l'artiste dans les collections compiégnoises [1].
Le reportage « Coulés dans le bronze », conservé par l'INA, constitue par ailleurs un document filmé rare sur une figuriniste française au travail [4].
📽 Document d'archive — « Coulés dans le bronze » (INA)
Rencontre filmée avec Madame Métayer dans son atelier : les étapes de fabrication de ses figurines et ses recherches documentaires sur les uniformes.


Sources et références
Cette notice s'appuie exclusivement sur les sources suivantes. Elle sera enrichie à mesure que de nouveaux documents seront portés à notre connaissance.
[1] Addict Figurines (forum spécialisé), *Fernande Métayer*, notice biographique citant le Musée de la Figurine historique de Compiègne, 2019 — https://www.addict-figurines.com/t13753-fernande-metayer
[2] Arnhem Jim, *The "Toy Soldiers" of Mme. Fernande Metayer*, 2015 — synthèse citant Marcel Baldet, *Figurines et Soldats de Plomb*, Paris, 1961, ainsi que des entretiens de presse d'époque (déc. 1959) — https://arnhemjim.blogspot.com/2015/07/the-toy-soldiers-of-mme-fernande-metayer.html
[3] Fraysse & Associés (maison de ventes, Paris), *Figurines d'artistes — Madame F. Métayer*, catalogue de vente — https://fraysse.net/listings/figurines-dartistes-madame-f-metayer/
[4] Institut national de l'audiovisuel (INA), *Coulés dans le bronze*, reportage, notice CPF10004924 — https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cpf10004924/coules-dans-le-bronze
[5] Interencheres, *Les soldats de plomb, des pièces de collection recherchées aux enchères*, Le magazine des enchères, mars 2024 — https://magazine.interencheres.com/collection-encheres/les-soldats-de-plomb-des-pieces-de-collection-recherchees-aux-encheres/
[6] Phidias (maison de ventes, Paris), lot Joanny Jabouley, 1er Empire, « d'après les modèles de Fernande Métayer », via Auction.fr — https://www.auction.fr/_fr/lot/joanny-jabouley-1er-empire-infanterie-important-ensemble-compose-des-grenadiers-16006869
[7] Musée de la Figurine historique de Compiègne, catalogue en ligne, notice Fig.1948.10 — *1ère République, 21ème Demi-Brigade Légère, 1799* — https://musee-de-la-figurine-historique-compiegne.opacweb.fr/fr/notice/fig-1948-10-1ere-republique-21eme-demi-brigade-legere-1799-85ed895d-b828-465d-a8c5-c27b2f716288
