Les Maîtres Figurinistes Français : Encyclopédie du Soldat de Plomb Ancien
L'histoire de la figurine de collection française est indissociable d'une génération d'artisans d'art qui, au milieu du XXe siècle, ont élevé le soldat de plomb au rang d'œuvre à part entière. Travaillant souvent avec des moyens modestes mais une exigence absolue, ces créateurs ont développé une technique spécifique — parfois désignée sous le nom de « technique à la feuille de plomb » — pour habiller des armatures et donner vie à des pièces d'une expressivité et d'une finesse remarquables.
La Technique à la Feuille de Plomb : Définition et Savoir-Faire
Tableau de Recensement des Figurinistes Français à la Feuille de Plomb
Figuriniste | Description | Lieu | Spécialité thématique | Conservation muséale |
|---|---|---|---|---|
Pierre Lefebvre | ~1960 | Paris (Au Nain Bleu) | Cavalerie napoléonienne | Non documenté |
Georges Fouillé | ~1940–1994 | Paris / Leucate | Premier Empire, Marine, dioramas | Musée de la Marine (9 dioramas) |
Guy Renaud | 1945–2009 | Non documenté | Porte-drapeaux XVIIIe–Empire (35 000 pièces) | Musée de Compiègne |
Roger Berdou | ~1950–1965 | Non documenté | Napoléon, cavalerie impériale, maréchaux | Non documenté |
Gaston Auger | ~1940–1950 | Non documenté | Drapeaux régimentaires, Louis XIV au Second Empire | Musée de Compiègne (13 œuvres) |
Fernande Métayer | ~1930–1988 | Paris | Premier Empire, Révolution | Musée de Compiègne |
Jacques Bittard | ~1950–1970 | Paris (Palais-Royal) | Ancien Régime au XXe siècle, porte-drapeaux | Musée de Compiègne |
Alexandre Ballada | ~1950–1960 | Versailles | Premier Empire, Rois de France | Non documenté |
Josiane Desfontaines | 1949–1976 | Paris | Moyen Âge, Chevaliers, Rois médiévaux | Non documenté |
Bernard Vanot | ~1950–1980 | Versailles | Rois de France, Premier Empire, Guerre de Vendée | Musée de Compiègne |
Pierre Alexandre | ~1930–1980 | Versailles | XVIIe siècle, Mousquetaires, Ancien Régime | Musée de Compiègne (37 œuvres) |
Les Notices des Maîtres Figurinistes
Le musée virtuel de Figurart.fr consacre cette page encyclopédique aux principaux maîtres de cet art, dont le talent a façonné un pan essentiel du patrimoine de la miniature historique française. Chaque notice renvoie vers une étude monographique approfondie.
Bernard Vanot (1927–2020) — Le Chroniqueur de l'Histoire de France
Bernard Vanot est l'une des figures les plus documentées de la figurine d'art française. Actif à Versailles, sa production s'étend sur plusieurs décennies, avec des pièces attestées des années 1950 jusqu'aux années 1980. Sa palette thématique est l'une des plus larges de sa génération : il a représenté les Rois de France, les batailles du Premier Empire, les scènes de la Guerre de Vendée, la Guerre de Trente Ans et même les Petits Métiers de Paris. Ses figurines en plomb, souvent de grande taille (jusqu'à 16 cm), se distinguent par leur caractère de pièces uniques. Certaines créations ont été peintes par l'artiste Louise Lemoine, de Rennes, témoignant d'une collaboration entre sculpteur et peintre [2]. Des œuvres de Bernard Vanot sont conservées au Musée de la Figurine historique de Compiègne.
Pierre Alexandre (actif ~1930–1980) — Le Maître du XVIIe Siècle
Installé à Versailles, Pierre Alexandre est célèbre pour un style qualifié par François Beaumont de « naïf et attachant » [1]. Il travaillait sur des formes rudimentaires qu'il habillait de feuille de plomb avant de les peindre à l'huile. Sa production est particulièrement renommée pour ses scènes de la vie au temps de d'Artagnan : montreurs de chiens savants, arracheurs de dents, duels entre mousquetaires, moines sur leur âne. Il a fréquemment collaboré avec Gaston Auger sur des pièces représentant des régiments du XVIIIe siècle (Régiment de Vigier, Régiment de Nassau, Régiment de la Sarre). Le Musée de la Figurine historique de Compiègne conserve pas moins de 37 de ses œuvres, ce qui en fait l'un des artisans les mieux représentés dans les collections publiques françaises [5].
Josiane Desfontaines (1949–1976) — La Pionnière de la Figurine d'Art
Pionnière dans un milieu quasi exclusivement masculin, Josiane Desfontaines fut l'une des rares femmes à marquer l'essor de la figurine d'art en France. Diplômée des arts appliqués à l'industrie, elle a transposé son expérience de la haute couture dans ses créations parisiennes. Elle produisait des figurines en alliage de plomb à l'échelle 60 mm, avec une finition en feuille de plomb ou d'étain et une peinture artistique soignée. Son thème de prédilection était le Moyen Âge, avec une célèbre série sur les chevaliers de la Table Ronde inspirée par l'illustrateur Harold Foster (Prince Vaillant), ainsi que des représentations de Jeanne d'Arc, de Du Guesclin et de Charles le Téméraire. Sa production, vendue en exclusivité par Jean Horace Chambon, s'est arrêtée en 1976 lorsqu'elle a décidé de se consacrer au dessin et à l'illustration. Elle fut invitée aux États-Unis en 1988 par les collectionneurs Philip Stearns et Sheperd Paine, témoignage de sa reconnaissance internationale [6][7].
Alexandre Ballada (actif ~1950–1960) — Le Peintre de la Grande Armée
Alexandre Ballada est un artisan majeur de l'après-guerre, dont les figurines en plomb et feuille de plomb peintes à la main sont très appréciées des collectionneurs. Sa production se concentre sur deux thèmes principaux. D'une part, le Premier Empire est représenté avec une grande variété de soldats de la Grande Armée : grenadiers, carabiniers, mamelouks, musiciens, officiers de chasseurs, tambours, et jusqu'à Napoléon Ier lui-même ou le Maréchal Mortier. D'autre part, une remarquable série sur les Rois de France couvre la quasi-totalité de la monarchie capétienne et bourbonienne, de Louis VIII à Louis-Philippe. Ses figurines, d'une hauteur de 60 à 85 mm, sont réputées pour la qualité de leur peinture d'origine et leur excellent état de conservation [8].
Jacques Bittard (actif ~1950–1970) — L'Artisan du Palais-Royal
Contemporain des précédents, Jacques Bittard tenait une boutique emblématique sous les arcades du Palais-Royal à Paris, un lieu de passage obligé pour les collectionneurs de l'époque. Spécialiste des uniformes militaires français, il produisait des figurines en plomb massif, signées et cachetées sous le socle — une marque d'authenticité qui est aujourd'hui un gage de valeur. Son œuvre couvre une large période, de l'Ancien Régime au début du XXe siècle, avec une prédilection pour le Premier et le Second Empire. Il est particulièrement renommé pour ses figurines porte-drapeaux. Son savoir-faire a été transmis à Bruno Leibovitz, fondateur de la célèbre marque Métal Modèles. Des pièces de Bittard sont conservées au Musée de la Figurine historique de Compiègne [9].
Fernande Métayer, dite « Madame Métayer » (~1930–1988) — La Doyenne de la Figurine d'Art
Fernande Métayer, connue dans le milieu sous le nom de « Madame Métayer », est l'une des figures les plus anciennes et les plus respectées de la figurine d'art française. Active dès les années 1930, elle a d'abord travaillé les figurines plates en étain avant d'adopter la technique de la ronde-bosse en plomb. Reconnue pour son exactitude historique et la justesse de ses représentations d'uniformes, elle a principalement traité le Premier Empire — notamment les Voltigeurs d'Infanterie Légère et le Général Lasalle — ainsi que la Révolution française et le XVIIIe siècle. Le Musée de la Figurine historique de Compiègne conserve plusieurs de ses œuvres, dont un bataillon de Neuchâtel et une figurine de la 1ère République (21ème Demi-Brigade Légère, 1799). Ses moules ont été repris successivement par Jabouley, Huart, puis Mme Nelly Denat (Sarl COFISOL), assurant la pérennité de son œuvre au-delà de son décès en 1988 [10].
Gaston Auger (actif ~1940–1950) — Le Spécialiste des Drapeaux Régimentaires
Gaston Auger, qui signait ses œuvres « OG », est un artisan discret mais essentiel dans l'histoire du soldat de plomb ancien. Adhérent de la Société des Collectionneurs de Figurines dès 1938, il s'est spécialisé dans la représentation des régiments de l'Ancien Régime, avec une attention particulière portée aux drapeaux régimentaires français. Ses figurines en plomb massif de 54 à 55 mm sont caractérisées par des drapeaux découpés dans du fer blanc, avec des accessoires et des plis mis en valeur à l'encre noire. Sa collection couvre les régiments de Louis XIV au Second Empire. Il a fréquemment collaboré avec Pierre Alexandre, et le Musée de la Figurine historique de Compiègne conserve 13 de leurs œuvres communes [11].
Roger Berdou (actif ~1950–1965) — Le Sculpteur de Pièces Uniques
Roger Berdou est reconnu dans le milieu de la collection comme un sculpteur et peintre de figurines de premier plan. Sa particularité est de ne jamais dupliquer ses créations : chaque pièce est unique. Ses figurines en alliage de plomb et d'étain de 54 mm sont principalement consacrées à la cavalerie impériale et aux maréchaux de Napoléon (Lannes, Ney). Plus de 80 de ses miniatures ont été vendues aux enchères chez Bonhams en 2006, avec des prix dépassant les 500 livres sterling, témoignant de la valeur accordée à son travail par les collectionneurs internationaux [12].
Guy Renaud (1945–2009) — Le Maître des Porte-Drapeaux
Guy Renaud occupe une place à part dans l'histoire de la figurine d'art française : il est l'auteur d'une collection de plus de 35 000 soldats de plomb porte-drapeaux, qu'il appelait lui-même « figurines historiques ». Ses pièces, dont les corps sont coulés en alliage de plomb, d'étain et d'antimoine, et dont les drapeaux et hampes sont en laiton, couvrent les XVIIIe et XIXe siècles. La figurine porte-drapeau d'infanterie atteint 160 mm, le porte-aigle Empire 150 mm. Il a représenté des régiments très précis, comme le Régiment de la Reine (1760) ou les Troupes des Galères (1720). Le Musée de la Figurine historique de Compiègne conserve plusieurs de ses œuvres [13]
Georges Fouillé (1909–1994) — Le Peintre Officiel de la Marine
Georges Fouillé est une figure singulière parmi les figurinistes de sa génération : nommé peintre officiel de la Marine française en 1947, il a cherché à allier l'art et la recherche historique dans ses créations. Né à Paris et décédé à Leucate, il a livré neuf dioramas au Musée de la Marine entre 1948 et 1959. Sa production de figurines en plomb polychrome peintes à la main couvre principalement le Premier Empire, avec des représentations de Napoléon Ier, de ses maréchaux (Murat, Soult, Lannes, Berthier, Poniatowski) et de ses régiments d'élite. Ses pièces à cheval atteignent 23 cm, ce qui en fait parmi les plus imposantes de cette période. Ses œuvres sont documentées dans les grandes maisons de ventes, dont Christie's [14].
Pierre Lefebvre (actif ~1960) — Le Maître du Détail Équestre
Pierre Lefebvre est un figuriniste des années 1960 dont les créations sont aujourd'hui considérées comme rares. Ses figurines, vendues à l'époque dans la célèbre boutique parisienne Au Nain Bleu, se distinguent par un niveau de détail exceptionnel : les selles sont en peau fine, les crinières et queues des chevaux sont en cheveux ajoutés, les rênes en cuir véritable et les plumets en velours. Ses sujets sont principalement consacrés à la cavalerie napoléonienne (Hussard 1809, Carabinier, 30e Chasseurs à Cheval, 22e Dragons). Ces pièces, d'une hauteur de 80 mm sans la base, témoignent d'un soin artisanal extrême et atteignent des prix significatifs sur le marché de la collection [15].
Qu'est-ce qu'un soldat de plomb ancien et comment le distinguer d'une figurine industrielle ?
Un soldat de plomb ancien désigne, dans le langage des collectionneurs, une figurine réalisée artisanalement par un figuriniste identifié, par opposition aux productions industrielles en série (CBG-Mignot, Britains, Lucotte). Les critères distinctifs sont la présence d'une signature ou d'un cachet sous le socle, le caractère de pièce unique ou de petite série, la peinture à l'huile appliquée à la main, et l'utilisation de matériaux nobles comme le plomb massif ou l'alliage étain-antimoine. Ces pièces sont généralement produites entre les années 1930 et 1980 par des artisans français dont les noms sont aujourd'hui répertoriés par des institutions comme les Musées de la Figurine de Compiègne ou de Kulmbach
SOURCES ET RÉFÉRENCES
[19] Beaumont, F. (2020 ). The tin soldier. Small historical reminder. Boite de Soldats.
[20] Bibliorare, Catalogue Dupont 29-10-2018 — Bernard Vanot et Louise Lemoine,
[21] MutualArt, Bernard Vanot — Sold at Auction Prices,
[22] Proantic, Figurines Pierre Alexandre 1930,
[23] Musée de la Figurine historique de Compiègne, Œuvres de Pierre Alexandre,
[24] Le Forum de la Figurine, Figurines de Josianne Desfontaine,
[25] Chevalier de l'Enfance, Desfontaines,
[26] Boite de Soldats, Fabricant Ballada,
[27] Crait+Müller, JACQUES BITTARD – Palais Royal – PARIS – 1950-1970,
[28] Musée de la Figurine historique de Compiègne, Fernande Métayer — Fig.1948.10,
[29] Musée de la Figurine historique de Compiègne, Œuvres de Gaston Auger,
[30] Le Forum de la Figurine, Figurines de Roger Berdou,
[31] Boite de Soldats, Guy Renaud — Drapeau des Régiments des Ports,
